Dans plusieurs pays africains, trois notions structurent aujourd’hui les débats publics : équilibre régional, décentralisation et ce que l’on appelle de plus en plus le Mapartisme. Souvent mal comprises, parfois instrumentalisées, elles cristallisent tensions et frustrations. Pourtant, bien articulées, elles peuvent devenir les fondations d’une stabilité durable et d’une cohésion panafricaine.
Analyse géopolitique d’un triptyque décisif pour l’avenir institutionnel du continent.
Trois concepts au cœur des débats africains
L’équilibre régional : la politique de la représentation
L’équilibre régional repose sur un principe simple : éviter la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule région, d’un seul groupe ou d’une seule communauté.
Il s’agit d’un mécanisme de représentation destiné à préserver la cohésion nationale dans des États souvent pluriels sur le plan ethnique, linguistique et historique.
On retrouve cette logique dans plusieurs pays :
- Cameroun
- Nigeria
- Sénégal
- Côte d’Ivoire
- Ghana
Partout, l’objectif reste le même : rassurer les territoires et maintenir l’unité nationale par la répartition des postes stratégiques.
Mais la représentation suffit-elle à produire un sentiment d’équité réelle ?

La décentralisation : rapprocher la décision du citoyen
La décentralisation répond à une autre interrogation fondamentale :
Qui décide au niveau local ?
Elle implique le transfert de compétences, de responsabilités et parfois de budgets vers les communes, régions et collectivités territoriales.
L’idée est de rapprocher la gouvernance des réalités quotidiennes.
Une décentralisation sans ressources réelles ou sans autonomie budgétaire devient symbolique. Et lorsque la population ne perçoit pas d’amélioration concrète, le scepticisme s’installe.
Le Mapartisme : la question sensible de la “part visible”
Le Mapartisme n’est ni un parti politique ni une doctrine officielle. C’est une perception citoyenne.
Il pose une question simple mais puissante :
“Qu’est-ce que moi, ma famille, ma région reçoivent concrètement du développement national ?”
Cette notion traduit une exigence moderne : la traçabilité du développement.
Une région peut avoir :
- des ministres (équilibre régional)
- un conseil régional (décentralisation)
Mais si les routes sont impraticables, que les écoles manquent de moyens et que les jeunes n’ont pas d’emplois, le sentiment de “ma part” disparaît.
C’est là que naissent frustrations et tensions.
Complémentarité plutôt que confrontation
Contrairement à certaines lectures polarisées, ces trois concepts ne s’opposent pas. Ils répondent à trois niveaux distincts :
- Équilibre régional → Qui est représenté ?
- Décentralisation → Qui gère ?
- Mapartisme → Qui bénéficie réellement ?
Un pays peut appliquer les deux premiers sans réussir le troisième. Or, c’est souvent ce troisième niveau qui conditionne la stabilité sociale.
Lecture comparée en Afrique
🇨🇮 Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, la croissance économique est réelle mais fortement concentrée autour d’Abidjan.
L’enjeu du Mapartisme économique consiste à développer la transformation locale du cacao et de l’anacarde afin que les régions productrices perçoivent clairement leur contribution au PIB national.
🇸🇳 Sénégal
Au Sénégal, Dakar concentre universités, infrastructures et investissements.
La décentralisation existe, mais le défi consiste à territorialiser davantage les pôles industriels et hospitaliers afin d’équilibrer le sentiment d’appartenance nationale.
🇳🇬 Nigeria
Le Nigeria fonctionne sur un modèle fédéral.
Pourtant, même avec le fédéralisme, le Mapartisme reste central : chaque État fédéré doit pouvoir identifier clairement ce qu’il contribue et ce qu’il reçoit, notamment dans la redistribution pétrolière.
🇨🇩 RDC
En République démocratique du Congo, la question est plus sensible encore.
Ressources abondantes, perception d’exploitation locale, faible traçabilité des bénéfices miniers : ici, le Mapartisme renvoie directement à la justice distributive.
Jeunesse africaine : entre colère et responsabilité
Lorsque des écoles, hôpitaux ou bâtiments publics sont incendiés lors de crises sociales, la question centrale n’est pas idéologique.
Elle est structurelle.
Le Mapartisme mal compris peut alimenter la colère.
Mais bien intégré dans une doctrine de transparence et de pédagogie économique, il peut au contraire prévenir les tensions.
Un citoyen qui voit sa part protège son pays.
Un citoyen qui ne la voit pas doute du système.

Analyse géopolitique
À l’échelle panafricaine, la question dépasse les États.
Dans un contexte mondial multipolaire marqué par la concurrence des puissances et la quête de souveraineté économique, la stabilité interne devient stratégique.
Un continent fracturé territorialement reste vulnérable.Un continent cohérent institutionnellement devient un acteur crédible.
L’équilibre régional assure la paix politique.
La décentralisation renforce la gouvernance.
Le Mapartisme garantit la lisibilité du développement.
L’enjeu n’est pas idéologique. Il est civilisationnel.
Constat
1.La représentation politique ne suffit plus à produire l’adhésion populaire.
2.La décentralisation doit être accompagnée de ressources réelles.
3.La traçabilité des retombées économiques devient une exigence démocratique majeure.
L’Afrique entre dans une ère où la gouvernance doit être expliquée, mesurée et visible.
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Le Mapartisme, l’équilibre régional et la décentralisation ne sont pas des facteurs de division.
Ils constituent les trois piliers d’une doctrine africaine moderne de cohésion.
L’enjeu pour les dirigeants est clair :
Rendre le développement visible, mesurable et équitable.
L’enjeu pour la jeunesse est tout aussi clair :
Transformer l’exigence de justice en participation constructive.
Une Afrique stable ne naît pas du silence.
Elle naît de la compréhension.
Alioum Seidou, Correspondant.

