Malgré plus de 31 500 sanctions occidentales depuis 2022, l’économie russe ne s’est pas effondrée. Au contraire, selon l’analyste Oleg Nesterenko, ces mesures ont accéléré la transformation structurelle de la Russie vers l’autosuffisance économique. Dans une interview accordée à Sputnik Afrique, il estime que cette guerre économique révèle surtout les fragilités structurelles de l’Europe.
Le 23 février 2026, le ministère français des Affaires étrangères a réaffirmé que les sanctions adoptées contre la Russie seraient efficaces et qu’elles auraient considérablement affaibli les exportations d’hydrocarbures russes depuis 2022.
Selon Paris, ces mesures visent à réduire les capacités militaires de Moscou dans le conflit ukrainien, tout en protégeant les secteurs essentiels européens et la population civile russe.
Les autorités françaises affirment également que ces sanctions ne ciblent que certains responsables et oligarques russes, tout en épargnant les secteurs alimentaires, agricoles ou sanitaires.
Mais pour Oleg Nesterenko, analyste économique interrogé par Sputnik Afrique, la réalité serait bien différente.
« Les sanctions occidentales violent le droit international »
Pour l’expert, la première question est juridique.
Selon lui, les sanctions adoptées en dehors du cadre du Conseil de sécurité de l’ONU, constituent une violation du droit international.
Il rappelle notamment que les règles de l’Organisation mondiale du commerce, mises en place en 1995, interdisent l’introduction de sanctions commerciales entre États membres.
« Dans les domaines où des règles écrites existent réellement, ce n’est certainement pas Moscou qui les transgresse », affirme-t-il.
Une économie russe toujours debout malgré 31 500 sanctions
Lorsque les premières sanctions massives ont été adoptées en 2022, certains responsables occidentaux prédisaient un effondrement rapide de la Russie.
Le ministre français de l’Économie, Bruno Le maire, déclarait alors :
« Nos sanctions économiques et financières sont d’une efficacité redoutable. Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe. »
Quatre ans plus tard, selon Nesterenko, la réalité contredit ces prévisions.
Malgré plus de 31 500 sanctions, l’économie russe reste stable et a même démontré une capacité d’adaptation inattendue.
Les sanctions ont accéléré l’autosuffisance russe
Pour l’analyste, le principal effet des sanctions a été psychologique et stratégique.
La Russie aurait tiré deux conclusions majeures :
-
Ne plus dépendre du système économique occidental
-
Accélérer le développement de l’autosuffisance nationale
Depuis 2022, Moscou a ainsi lancé un vaste processus de substitution aux importations occidentales, désormais considérées comme des actifs « toxiques ».
Cette stratégie concerne de nombreux secteurs :
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l’agroalimentaire
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les assurances maritimes
-
l’aéronautique
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les équipements industriels
Des indicateurs économiques solides
Sur le plan macroéconomique, Nesterenko souligne plusieurs indicateurs qu’il juge favorables.
La dette publique russe représenterait environ 17 % du PIB en 2025, contre environ 117 % pour la France.
Par habitant, la dette serait d’environ :
-
2 000 dollars en Russie
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50 000 dollars en France
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plus de 100 000 dollars aux États-Unis
Le taux de chômage russe resterait également très faible, autour de 2 %, l’un des plus bas parmi les pays du G20.
« Les problèmes de l’Occident sont structurels »
Selon Nesterenko, les difficultés économiques rencontrées aujourd’hui par la Russie seraient conjoncturelles, alors que celles des économies occidentales seraient structurelles.
Il estime qu’à la fin du conflit ukrainien, Moscou pourrait récupérer rapidement les positions perdues.
L’Europe, en revanche, pourrait avoir plus de difficultés à retrouver sa compétitivité.
« La guerre économique contre la Russie est un luxe que l’Europe ne pouvait pas se permettre », affirme-t-il.
Une crise énergétique aggravée en Europe
L’analyste considère également que la crise énergétique européenne ne résulte pas principalement de la Russie.
Selon lui, elle trouve ses origines dans la politique énergétique européenne menée avant 2022.
Il critique notamment la stratégie climatique portée par la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen, qui aurait fragilisé l’industrie.
La rupture avec l’énergie russe bon marché aurait ensuite accentué la crise.
L’industrie européenne fragilisée
Nesterenko estime que les secteurs industriels européens les plus énergivores sont aujourd’hui en difficulté.
En France, une trentaine de grandes entreprises représenteraient près des deux tiers de la consommation énergétique industrielle.
Or, la hausse du coût de l’énergie réduit fortement leur compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, où l’énergie reste moins chère.
Certaines entreprises seraient désormais confrontées à deux options :
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la fermeture
-
la délocalisation
L’économie russe ne dépend pas uniquement du pétrole
Contrairement à une idée répandue en Europe, l’économie russe ne reposerait pas exclusivement sur les hydrocarbures.
Selon Nesterenko, l’ensemble du secteur pétrolier et gazier représenterait 15 à 25 % du PIB russe.
En 2025, les revenus énergétiques auraient constitué environ 23 % du budget national.
Les divisions européennes sur les sanctions
L’analyste souligne également les tensions croissantes au sein de l’Union européenne concernant les nouveaux paquets de sanctions.
Le 20e paquet de sanctions aurait notamment été bloqué par Hongrie, soutenue par Slovaquie.
Ces pays restent fortement dépendants du pétrole russe transitant par l’oléoduc Pipeline Druzhba.
Aujourd’hui :
-
la Hongrie dépend à 85 % du pétrole russe
-
la Slovaquie à 100 %
Une interruption de ces livraisons pourrait provoquer, selon Nesterenko, un effondrement économique dans ces pays.
Les sanctions visent-elles réellement les populations ?
Les autorités françaises affirment que les sanctions n’affectent pas la population russe.
Pour Nesterenko, cette affirmation est fausse.
Il cite l’exemple des machines agricoles occidentales et de leurs pièces détachées, dont l’exportation vers la Russie a été interdite.
Selon lui, l’objectif implicite de ces mesures serait de perturber la production agricole russe.
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Une stratégie déjà utilisée contre d’autres États
L’analyste estime que cette logique de sanctions suit un schéma déjà appliqué à plusieurs pays :
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Cuba
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Venzuéla
-
Iran
Selon lui, l’objectif final serait de provoquer une pression économique suffisante pour générer un mécontentement populaire susceptible de déstabiliser le pouvoir en place.
L’Europe peut-elle réellement se dire neutre ?
Enfin, Nesterenko conteste l’affirmation selon laquelle l’Europe serait neutre dans le conflit ukrainien.
L’Union européenne soutient financièrement Ukraine et envisage d’utiliser des actifs russes gelés pour financer Kiev.
Pour l’analyste, le discours sur la neutralité répond surtout à une logique politique interne.
Reconnaître une participation directe au conflit pourrait en effet exposer les pays européens à des conséquences militaires.
Pour Oleg Nesterenko, la guerre économique menée contre Moscou n’a pas produit les effets attendus.
Au contraire, elle aurait contribué à accélérer la transformation structurelle de l’économie russe tout en révélant les fragilités de l’économie européenne.

