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NIGER — HANDICAP ET ENTREPRENEURIAT : À NIAMEY, ILS REFUSENT LA MENDICITÉ ET CHOISISSENT LE TRAVAIL

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NIAMEY — RUSSAFRIK. Être en situation de handicap ne signifie pas être condamné à dépendre des autres. À Niamey, des hommes et des femmes ont décidé de le démontrer par le travail.

Chaussures, sacs, accessoires, meubles, lits, salons, tableaux décoratifs, produits cosmétiques, couture ou encore menuiserie : ils développent différentes activités génératrices de revenus afin de gagner leur vie et de participer à l’économie de leur communauté.

Derrière ces ateliers et ces petites entreprises se joue pourtant quelque chose de beaucoup plus profond qu’une simple activité commerciale : la conquête de l’autonomie.


Confection, menuiserie, couture, cosmétique, décoration… À Niamey, des personnes vivant avec un handicap font de l’entrepreneuriat un instrument d’autonomie et de dignité. Mais derrière leur détermination subsistent des obstacles majeurs : accès au financement, formation, scolarisation, infrastructures adaptées et préjugés sociaux.

« LA MENDICITÉ N’A JAMAIS ÉTÉ UN CHOIX »

C’est l’un des messages les plus forts recueillis par notre correspondante.

Abdoul Karim Abdou Madougou, directeur exécutif de la Fédération nigérienne des personnes handicapées et lui-même non-voyant, récuse l’idée selon laquelle les personnes vivant avec un handicap choisiraient naturellement la mendicité.

Il décrit au contraire un phénomène social qui peut commencer dès l’enfance : certaines familles poussent un enfant handicapé à mendier pour contribuer aux revenus du foyer. Après dix, vingt ou plusieurs dizaines d’années dans cette situation, sortir de ce système devient extrêmement difficile.

Son témoignage oblige à regarder le problème autrement.

La question n’est donc pas seulement :

« Pourquoi certaines personnes handicapées mendient-elles ? »

Mais aussi :

« Leur a-t-on réellement donné les moyens de faire autre chose ? »

ENTREPRENDRE POUR NE PLUS TENDRE LA MAIN

Pour Abdoul Karim Abdou Madougou, l’entrepreneuriat représente justement une importante porte de sortie.

Mais entreprendre nécessite des compétences, une formation, des locaux accessibles, des financements et un environnement capable d’accompagner le porteur de projet.

Or, selon son témoignage, l’accès au financement reste difficile et certains lieux d’apprentissage ne sont pas adaptés aux personnes en situation de handicap. Il appelle donc l’État, les partenaires techniques et financiers ainsi que les ministères concernés à créer les conditions permettant à ces entrepreneurs de travailler sur un pied d’égalité.

L’enjeu dépasse largement l’assistance sociale.

Avec un accompagnement approprié, des personnes vivant avec un handicap peuvent produire, vendre, employer, créer de la valeur et participer pleinement à l’économie nationale.

ABDOURAHAMANE, MENUISIER DEPUIS 29 ANS

Parmi ces parcours figure celui d’Abdourahamane, menuisier rencontré à Niamey.

Voilà 29 ans qu’il exerce son métier.

Les difficultés existent, reconnaît-il, mais elles ne constituent pas pour lui une raison d’abandonner son activité pour aller mendier.

Son message aux Nigériens est d’une simplicité remarquable : acheter les produits fabriqués par ces entrepreneurs contribue directement à leur émancipation.

C’est une autre manière d’aborder l’inclusion.

Il ne s’agit plus seulement de faire un don à une personne parce qu’elle est handicapée.

Il s’agit de reconnaître son travail, acheter ce qu’elle produit et lui permettre de vivre de ses compétences.

PASSER DE L’ASSISTANCE À L’OPPORTUNITÉ

Créer sa propre activité permet de disposer d’un revenu, mais également de retrouver une autonomie personnelle, familiale et sociale.

Et chaque entrepreneur qui réussit contribue à déconstruire une représentation encore profondément enracinée : celle qui assimile handicap, incapacité et dépendance.

Une personne peut perdre la vue sans perdre son intelligence.

Elle peut avoir une mobilité réduite sans perdre son talent.

Elle peut avoir besoin d’un environnement adapté sans être incapable de produire de la richesse.

Le véritable sujet est donc moins la différence physique ou sensorielle que l’accès aux mêmes opportunités.

LE DÉFI DE L’ÉDUCATION

La situation scolaire constitue toutefois un obstacle majeur à l’émancipation économique.

Abdoul Karim Abdou Madougou cite notamment des données attribuées à l’UNICEF datant de 2019 selon lesquelles seulement 3,7 % des enfants handicapés seraient scolarisés en moyenne. RussAfrik rapporte ici ce chiffre tel qu’il est présenté dans le témoignage source ; il mériterait une vérification statistique indépendante avant d’être utilisé comme donnée nationale de référence.

Le problème de fond reste néanmoins évident dans son raisonnement : un enfant exclu de l’école risque demain d’être également exclu de la formation professionnelle, de l’emploi et de l’entrepreneuriat.

Les actions d’inclusion doivent donc commencer bien avant la création d’une entreprise.

LE HANDICAP N’EST PAS UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Distribuer ponctuellement une aide peut répondre à une urgence.

Mais cela ne suffit pas à construire une autonomie durable.

Le reportage met en évidence plusieurs barrières : préjugés, manque de financement, insuffisance de formations adaptées et difficultés d’accès aux marchés.

C’est précisément là que les politiques publiques peuvent changer d’échelle.

Un entrepreneur handicapé n’a pas seulement besoin de compassion.

  1. Il peut avoir besoin d’un crédit.
  2. D’une formation professionnelle accessible.
  3. D’un atelier adapté.
  4. D’équipements.
  5. D’un marché où vendre.
  6. Et surtout, de clients.

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RUSSAFRIK — CHANGER LE REGARD

Le développement inclusif ne consiste pas simplement à réserver une place aux personnes vivant avec un handicap.

Il consiste à leur permettre de prendre pleinement leur place.

Les entrepreneurs rencontrés à Niamey délivrent à cet égard un message puissant : derrière le handicap se trouvent des compétences, des ambitions, des métiers et une volonté de réussir.

L’enjeu pour le Niger est désormais de transformer cette volonté individuelle en véritable opportunité économique.

Car lorsqu’un homme fabrique un meuble et trouve un client, lorsqu’une femme confectionne un sac et réussit à le vendre, ils ne demandent plus que la société les regarde à travers leur handicap.

Ils lui demandent de regarder leur travail.

Et peut-être est-ce là que commence la véritable inclusion.


Correspondance RussAfrik — Niger
Source et reportage : Chaya Abdou Anifa handicap et entrepreneuriat.docxDOCX

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