Dans un pays où l’élevage constitue pourtant une activité économique majeure et où le cheptel représente une richesse nationale considérable, se nourrir en protéines animales devient de plus en plus difficile pour une partie des ménages. À Niamey, viande bovine, poulet et pintade ont enregistré de fortes hausses en 2026. Entre insécurité dans certaines zones rurales, flambée du prix du bétail, transport coûteux, multiplication des intermédiaires et difficultés d’approvisionnement, une question s’impose : comment expliquer que la viande devienne progressivement un produit de luxe au Niger ?
À Niamey, les prix s’envolent
La cherté des produits carnés est désormais au cœur des conversations à Niamey. Dans les fadas, les rassemblements populaires comme dans les cérémonies familiales, la même préoccupation revient : la viande devient difficilement accessible pour de nombreux foyers.
Selon les chiffres rapportés dans le document, sur la base notamment de relevés attribués à l’Agence Nigérienne de Presse, le kilogramme de viande bovine sans os se négocie désormais autour de 3 500 à 4 000 FCFA, contre environ 2 500 à 3 000 FCFA en 2025.
La viande bovine avec os atteint pour sa part environ 3 000 à 3 500 FCFA le kilogramme.
La hausse touche également la volaille : le poulet, auparavant vendu autour de 2 000 FCFA, peut désormais atteindre 3 500 FCFA ou davantage, selon sa taille. Quant à la pintade, particulièrement appréciée des consommateurs, elle se négocie entre 5 000 et 6 000 FCFA.

Pour les familles aux revenus modestes, cette inflation transforme progressivement la consommation régulière de protéines animales en privilège.
Le paradoxe nigérien : beaucoup de bétail, mais une viande chère
C’est précisément là que réside le paradoxe.
Le Niger dispose d’un important cheptel et l’élevage occupe une place essentielle dans l’économie nationale ainsi que dans les moyens de subsistance de nombreuses populations.
Pourquoi, alors, les produits carnés deviennent-ils de moins en moins accessibles ?
Plusieurs facteurs sont avancés : augmentation du prix du bétail, difficultés d’approvisionnement, hausse des coûts de transport, alimentation et entretien des animaux plus coûteux, mais également insécurité dans certaines zones rurales.
La hausse ne commence donc pas nécessairement sur l’étal du boucher. Elle se construit tout au long d’une chaîne allant de l’éleveur au consommateur.
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Les animaux sont achetés dans les zones rurales puis transportés vers les grands centres urbains, notamment Niamey. À chacune de ces étapes viennent s’ajouter des frais et des marges commerciales.
Le document souligne d’ailleurs qu’en mai 2026, les autorités nigériennes avaient elles-mêmes observé que les prix demeuraient élevés malgré la disponibilité de bétail sur certains marchés. Le ministre du Commerce avait notamment relevé la présence importante de commerçants, plutôt que d’éleveurs directs, mettant ainsi en évidence le poids des intermédiaires dans la chaîne de commercialisation.

L’insécurité finit aussi dans l’assiette
L’un des facteurs les plus préoccupants reste cependant l’insécurité.
Lorsqu’elle touche les zones d’élevage ou les axes d’approvisionnement, ses conséquences dépassent largement la seule question sécuritaire.
Elle peut rendre les déplacements des éleveurs plus difficiles, perturber les circuits commerciaux habituels, compliquer le transport du bétail et accroître les risques supportés par les commerçants.
Et ces risques ont un prix.
Carburant, camions, manutention, alimentation des animaux pendant leur déplacement : toutes ces dépenses finissent par être intégrées au prix payé par le consommateur.
Boureima Saadou, revendeur de viande boucanée — le célèbre kilichi — témoigne de cette réalité. Selon lui, la rareté du bétail et l’insécurité compliquent fortement son activité. Il affirme notamment qu’un bœuf autrefois acheté entre 300 000 et moins de 400 000 FCFA peut désormais atteindre 800 000 FCFA. Il pointe également le coût élevé des déplacements nécessaires pour trouver du bétail.
Autrement dit, l’insécurité qui frappe les zones rurales se répercute jusque dans l’assiette des habitants de Niamey.
Les consommateurs demandent une réaction
Pour Mamane Nourri, défenseur des droits des consommateurs à l’ADDC Wadata, la situation est d’autant plus difficile à comprendre que le Niger demeure un pays disposant d’un cheptel important.
Il estime nécessaire de sensibiliser davantage les syndicats de commerçants et particulièrement certains détaillants. À défaut d’amélioration, il appelle l’État à prendre les dispositions nécessaires pour réguler la situation.
Sécuriser, organiser et surveiller les prix
Face à cette situation, plusieurs pistes ressortent : améliorer l’approvisionnement des marchés, faciliter le transport du bétail, renforcer la sécurité des zones et des axes d’approvisionnement, mieux organiser les circuits de commercialisation, limiter les surcoûts excessifs liés aux intermédiaires et renforcer le suivi des prix.
Le défi dépasse désormais la simple question du prix d’un kilogramme de viande.
Il touche directement au pouvoir d’achat, à l’alimentation et aux conditions de vie des populations.
Pour les autorités nigériennes, l’enjeu est donc considérable : dans un pays d’élevage, la viande ne devrait pas progressivement devenir un produit réservé à ceux qui disposent des moyens de supporter l’inflation.
Car lorsqu’un pays possède le bétail mais que sa population ne peut plus se permettre d’en consommer régulièrement, le problème n’est plus seulement agricole ou commercial : il devient économique et social.
Chaya Abdou Anifa, correspondant.

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