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🇳🇪 NIGER | DIVORCE ET GARDE DES ENFANTS

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Après l’amour, la guerre ? Ces enfants pris au piège des conflits entre parents

Au Niger, lorsqu’un couple se sépare, une autre bataille peut commencer : celle de la garde des enfants. Entre justice, traditions, prescriptions religieuses et règlements de comptes entre anciens conjoints, l’enfant se retrouve parfois au centre d’un conflit qu’il n’a jamais choisi. Pourtant, magistrat, sociologue et responsables religieux interrogés convergent sur un principe essentiel : l’intérêt et le bien-être de l’enfant doivent passer avant la vengeance des adultes.

Quand la séparation des parents devient l’épreuve des enfants

Le mariage est généralement pensé comme un engagement appelé à durer. Deux personnes décident de construire une vie ensemble, de traverser les bons comme les mauvais moments et, souvent, de fonder une famille. Mais certaines unions finissent par se briser.

Lorsque le divorce survient, les blessures ne concernent pas uniquement les deux conjoints. Derrière eux se trouvent parfois des enfants qui assistent, impuissants, à la transformation d’une histoire d’amour en conflit.

Au Niger, cette question prend une importance particulière. Le document rapporte qu’en 2021, l’Association islamique du Niger avait indiqué avoir enregistré 3 088 cas de divorce, sans compter ceux prononcés devant les tribunaux ou ailleurs.

Mais après la séparation vient une question particulièrement sensible :

Qui doit garder l’enfant ?

La garde ne devrait pas devenir une arme contre l’autre parent

Le reportage soulève une réalité douloureuse : dans certains divorces conflictuels, des parents peuvent chercher à récupérer les enfants non pas uniquement pour leur bien-être, mais pour atteindre émotionnellement leur ancien conjoint.

Le sociologue Sani Yahaya Janjouna considère justement la question de la garde des enfants comme un problème important dans la société.

Pour lui, la décision devrait revenir à une autorité compétente, coutumière ou judiciaire, avec un critère essentiel : déterminer auprès de quel parent l’enfant pourra vivre « plus en sécurité, en paix et épanoui ».

Cette approche remet l’enfant au centre de la décision.

Car la garde ne devrait pas être une récompense accordée au père ou à la mère. Elle représente d’abord une responsabilité.

⚖️ La magistrate : « Seul le juge peut décider »

La magistrate Gogé Maimouna Gazibo insiste sur un point : devant la justice, il ne suffit pas d’être le père pour obtenir automatiquement la garde.

Elle explique qu’une enquête doit être menée avant que le juge décide chez quel parent l’enfant restera.

« Il y a des pères irresponsables tout comme il y a des mères irresponsables. »

Autrement dit, la capacité à protéger et élever l’enfant doit compter davantage que le simple statut de père ou de mère.

En islam : des conditions, mais l’intérêt de l’enfant demeure essentiel

La question possède également une importante dimension religieuse dans la société nigérienne.

L’islamologue Aboubacar Seydou Touré rappelle que le divorce n’est pas encouragé. Selon son explication rapportée dans le document, après sept ans, l’enfant peut revenir au père lorsque certaines conditions, notamment liées à la pension et à ses responsabilités, sont remplies.

Mais il met en garde contre une attitude qu’il observe chez certains hommes : abandonner leur ancienne épouse avec les enfants après le divorce, puis revenir ultérieurement réclamer ces derniers.

Il rappelle également que certains oulémas considèrent que l’intérêt de l’enfant doit primer.

Chez les chrétiens : protéger l’enfant du conflit des adultes

Le pasteur Alhassane Zakari rappelle de son côté la conception chrétienne de l’indissolubilité du mariage.

Mais il reconnaît également une réalité : certains couples finissent malgré tout par se séparer.

Et lorsqu’ils le font, l’enfant se retrouve parfois au milieu de leurs conflits.

Selon lui, il arrive que l’enfant exprime lui-même avec qui il souhaite rester, mais il faut également examiner lequel des deux parents est le plus apte à assurer sa garde.

Malgré leurs différences, les interventions religieuses rapportées dans le document finissent donc par rejoindre une même préoccupation 😛rotéger l’enfant.


 « Après l’amour, ce n’est pas la guerre »

C’est probablement le message le plus fort de ce reportage.

Comment deux personnes qui se sont aimées au point de construire une famille peuvent-elles, après leur séparation, chercher à se détruire en utilisant parfois leurs propres enfants ?

La magistrate Gogé Maimouna Gazibo lance un appel particulièrement fort :

« Après l’amour, ce n’est pas la guerre. »

Elle rappelle que certains parents parviennent heureusement à régler leurs différends à l’amiable. Mais lorsque la séparation devient une guerre permanente, les conséquences peuvent retomber directement sur les enfants.

Elle évoque notamment les difficultés scolaires, les comportements délinquants et les situations de maltraitance que peuvent connaître certains enfants.

Et elle adresse un message aux parents : qu’un enfant réussisse ou échoue, les conséquences toucheront finalement son père comme sa mère. Les enfants doivent donc être laissés en dehors des histoires de vengeance entre adultes.


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Un enfant ne divorce pas de son père ou de sa mère

C’est peut-être là que se trouve l’essentiel.

Deux adultes peuvent décider qu’ils ne peuvent plus vivre ensemble.

Ils peuvent mettre fin à leur mariage.

Ils peuvent reconstruire leur vie séparément.

Mais leur enfant, lui, n’a divorcé de personne.

Il reste leur enfant à tous les deux.

Le sociologue Sani Yahaya Janjouna attire justement l’attention sur les traumatismes que peuvent provoquer les divorces conflictuels chez les enfants.

Le document évoque également parmi les conséquences possibles les comportements agressifs, impulsifs ou antisociaux, les difficultés relationnelles et scolaires, mais aussi le stress, l’anxiété, la perte de confiance en soi et la dépression.

Derrière une bataille pour la garde se trouve donc parfois un enfant silencieux qui regarde les deux personnes qu’il aime le plus devenir adversaires.

Et lorsque les adultes cherchent à savoir qui gagnera la garde, une autre question devrait peut-être être posée avant toutes les autres :

qu’est-ce que notre conflit est en train de faire à notre enfant ?


RUSSAFRIK | LE REGARD AFRICAIN

Le divorce peut mettre fin à une vie conjugale. Il ne devrait jamais mettre fin à la responsabilité parentale.

La justice, les traditions et les religions peuvent avoir leurs règles et leurs procédures. Mais derrière les textes se trouve un être humain en construction.

L’enfant ne devrait jamais devenir une arme de vengeance, un moyen de pression ou le trophée d’une bataille entre deux anciens amoureux.

Après l’amour, il peut y avoir la séparation.

Après l’amour, il peut y avoir le divorce.

Mais lorsqu’il y a des enfants, il devrait rester au minimum une responsabilité commune : leur permettre de grandir sans avoir à payer le prix de la rupture de leurs parents.

Parce qu’un couple peut divorcer. Mais on ne divorce jamais de ses enfants.

Chaya Abdou Anifa, Correspondant

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